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Rudy Ricciotti, architecte « Sans filtre »

par | 8 Mai 2015 | À la rencontre de

Le MuCEM de Marseille, le stade Jean Bouin à Paris, le département des Arts de l’Islam au Louvre. À l’occasion du vernissage de son exposition de dessins et de son travail avec les éditions Multiples Un, j’ai eu l’opportunité de réaliser une interview de Rudy Ricciotti.

 

Flavien Onfroy: Qui êtes-vous ?

Rudy Ricciotti: Je suis le diable. Je m’appelle Rudy Ricciotti, je suis architecte. Je ne fais pas ce que je veux, je fais ce que je peux.

Quel qualificatif vous définit le mieux ?

“Casse-couilles”

Comment est née cette collaboration avec les éditions Multiples-Un ?

Il m’a cassé les couilles pendant des mois pour avoir des estampes. Ne dessinant pas, nous avons pris des modèles existants de résilles en béton et nous avons fait des estampes avec du ciment et de l’eau. C’est ça l’histoire ! Il était exclu que je dessine, ici, c’est la reproduction d’une réalité. Les dessins, je ne les fais que pour les organismes caritatifs. Je leur donne mes dessins et elles les vendent aux enchères. J’ai accepté exceptionnellement ici, car c’est une galerie coopérative avec de jeunes galeristes. Je l’ai fait pour faire plaisir, mais c’est la première et dernière fois. D’ailleurs tous ces dessins renvoient à des étapes de réflexion sur le récit constructif.

C’est ça l’histoire ! Il était exclu que je dessine, ici, c’est la reproduction d’une réalité.

Pourquoi avoir choisi de reproduire la résille du Mucem ?

Parce que je ne voulais pas inventer. Je voulais seulement reproduire, répéter, réactiver. Mais, il y a derrière, l’idée du galeriste qui souhaite faire parler les architectes au travers de leur culture constructive. Vous avez vu ? Il y a d’autres confrères qui sont convoqués pour travailler sur la même physicalité, la même pétrification, le papier, l’empreinte, l’estampe. Et là, c’est de l’empreinte de modèles existants, avec du ciment mélangé à de l’eau. C’est très curieux, beaucoup n’ont pas compris pensant qu’il s’agissait de gravures !

Vous sortez votre nouveau livre, Le béton en garde à vue1. En 2015, a-t-on encore besoin de défendre le béton ?

Bien sûr, c’est notre patrimoine commun. C’est ce qui crée des emplois territorialisés. Il y en a marre de la barbarie du discours vert démocrate chrétien. C’est insupportable. Ils sont en train de préparer le désastre de demain. Bien sûr que le béton est démocrate. Bien sûr que le béton est dans le récit… une poésie. Vous savez, le béton n’est jamais spéculatif, contrairement à beaucoup d’autres produits comme le coton, le pétrole, le gaz, le café… Le béton est produit dans tous les pays du monde, la production est territorialisée. Après, d’autres préfèrent cirer les pompes des ferrailleurs indiens. Je ne peux pas travailler la ferraille, je le fais au minimum. Il faut rappeler que Mittal, après avoir racheté la sidérurgie française, a juré la main sur le cœur devant le président de la République, qu’il ne licencierait personne. Il a mis 5 000 familles au chômage en dézinguant la sidérurgie lourde française. Qu’est-ce que l’acier aujourd’hui ? Ce sont des profilés qui arrivent d’Inde, prépercés, prédécoupés. Hors la vue pour des sites propres délocalisant les emplois et détruisant toute la chaîne de métiers périphériques. La conscience professionnelle, c’est de travailler avec des matériaux qui deviennent coefficient de redistribution des richesses, car autour il y a des métiers, des métiers, des métiers,…

Le béton est produit dans tous les pays du monde, la production est territorialisée.
Après, d’autres préfèrent cirer les pompes des ferrailleurs indiens.

Récemment Jean Nouvel a rencontré des problèmes avec son projet de Philharmonie de Paris, vous-même, avez-vous rencontré des soucis avec les pouvoirs publics ?

Non, je n’ai de problème avec personne. Je suis un architecte heureux, qui sait d’où il parle. Je n’ambitionne rien. Je suis un architecte provençal, petit bourgeois, maniériste et local. Cela me convient très bien. C’est pour continuer à avoir une sexualité crédible, car quand tu auras 63 ans, à force de t’enivrer du politiquement correct, de t’enliser dans les méandres de la culpabilité, si tu bandes encore, tu auras de la chance.

Je suis un architecte provençal, petit bourgeois, maniériste et local. Cela me convient très bien.

Pourquoi votre nouveau projet est-il un logement social ?

Je fais ce que l’on me demande, j’essaie de le faire bien et proprement. Et je pense qu’il y a noblesse à faire du logement social, c’est très difficile. C’est une commande beaucoup plus ingrate que de faire un musée ou un centre d’art. C’est très difficile le logement social, c’est un combat permanent. Les architectes français sont les meilleurs au monde sur ce sujet.

Avez-vous des conseils à donner aux futurs architectes ?

Être enragé, avoir de l’abnégation. Contrôler sa peur, l’anxiété, car c’est un métier principalement bordé par la difficulté existentielle d’être. Surtout, se mettre en danger, plutôt que de mettre en danger les autres, et apprendre à être un peu bienveillant. Aujourd’hui, la formation pédagogique dans les écoles d’architecture, est de faire des architectes collabos et suceurs de bites. Mais les jeunes résistent au vampirisme vaudou de leurs professeurs. Être un peu vaillant dans la mise en danger de soi-même, partir en premier au front, ne pas rester dans le fourgon à bagages avec les blessés, ne pas laisser les autres décider à ta place. Il faut mobiliser l’énergie ; contrôler sa peur, c’est cela qu’il faut dire aux jeunes. Avoir une force noire intérieure…

Merci M. Ricciotti

Portrait de Rudy Ricciotti par Rene Habermacher

© Rene Habermacher

« L’Architecture est un sport de combat » (2013)
Éditions Textuel

« Rudy Ricciotti En vain » (2014)
Éditions Jannink

« Le béton en garde à vue » (2015)
Éditions Lemieux éditeur

Retrouver Rudy Ricciotti sur son site Internet:
http://www.rudyricciotti.com

Le 21 mai se déroulera, au sein du Pavillon de l’Arsenal, une vente aux enchères caritative au profit de la Fondation des architectes de l’urgence. Des oeuvres créées par de grands architectes tels que Renzo Piano, Jean Nouvel, Paul Andreu et notamment Rudy Ricciotti.
Jusqu’au 20 mai, vous pourrez découvrir ces oeuvres au Pavillon de l’Arsenal.
Plus d’informations sur le site des Architectes de l’urgence et sur celui du Pavillon de l’Arsenal

Photo à la une: ©Dominique Leriche – Var matin


  1. Le Béton en garde à vue aux éditions Lemieux éditeur
Flavien Onfroy

Flavien Onfroy

Co-fondateur

Passionné par les nouvelles technologies, d'aucuns pourraient m’appeler un "geek", je suis à l'affût des technologies qui peuvent modifier ma façon de regarder mais aussi de concevoir l’architecture. Je m'interesse à toutes les formes d'arts, autant comptemporain que classique. 

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